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Psychoses délirantes aigues : bouffées délirantes

Le terme de bouffée délirante caractérise un état délirant d’installation brutale, à la symptomatologie riche et polymorphe, dont l’évolution est rapidement et spontanément résolutive, avec retour à l’état psychique antérieur.

 

 

La BDA survient le plus souvent chez les adolescents et les jeunes adultes, entre 18 et 30 ans, 

Dans la forme typique, le délire s’installa d’emblée, en quelques heures, parfois précédé de quelques prodromes discrets (anxiété, insomnie). Le délire est polymorphe et variable d’un moment à l’autre, dans ses thèmes (toute-puissance, filiation, persécution, influence) et ses mécanismes (hallucinations idéo verbales, visuelles et cénesthésiques, illusions, interprétations, automatisme mental). Il est immédiatement vécu, avec une conviction totale, et s’accompagne de fluctuations thymiques intenses, de l’euphorie à l’angoisse et la tristesse. La conscience est peu perturbée, il n’y a pas de confusion marquée mais un certain degré d’onirisme et des expériences de dépersonnalisation et de déréalisation sont fréquentes.

De nombreuses variantes cliniques peuvent s’observer, selon que prédominent un mécanisme délirant (délire systématisé aigu), des troubles de l’humeur (tableau évoquant une manie délirante), la confusion mentale ou la dépersonnalisation.

Le diagnostic des formes typiques est essentiellement celui des accès aigus inaugurant ou ponctuant l’évolution d’une schizophrénie. 

Néanmoins il faut d’abord éliminer une cause organique ou une prise de toxique.

 

Les formes atypiques peuvent évoquer une manie, une mélancolie ou une confusion mentale.

Les facteurs étiologiques sont de deux ordres, liés d’une part à la personnalité pré- morbide (personnalités schizoïdes, hystériques ou psychopathiques), d’autre part à un facteur déclenchant ou une situation favorisante qui n’est pas constamment retrouvé : stress somatique ( psychose puerpérale ou post-opératoire), choc émotionnel, transplantation, 

isolement culturel et social.

 

CONDUITE A TENIR :

Le traitement nécessite toujours une hospitalisation. L’obtention rapide d’une sédation du délire et des troubles affectifs relève d’un traitement par les neuroleptiques incisifs, sédatifs ou associés, par voie parentérale puis orale, accompagné si besoin d’une réhydratation et de correcteurs des neuroleptiques. Ultérieurement seront envisagés : la baisse progressive des neuroleptiques, le contrôle d’une éventuelle dépression post-psychotique, la discussion des modalités d’une psychothérapie et les mesures de réinsertion professionnelle. 

 

EVOLUTION ET PRONOSTIC : 

 

    I- A court terme : 

         - Le plus souvent favorable sous traitement avec guérison en quelques semaines. 

        - En l’absence de cette guérison à court terme ; on devra craindre une évolution chronique de type   schizophrénique ; un épisode aigu aussi brutal et polymorphe qu’il soit ; peut être un épisode  psychotique aigu révélateur ou inaugural d’une schizophrénie.   

 

       A- Eléments de pronostic favorable : 

        

          1- Absence de personnalité pré morbide schizoïde ; personnalité extravertie et traits                                           

              hystériques. 

          2- Hérédité familiale maniaco-dépressive. 

          3- Bonne adaptation sociale et professionnelle antérieure ; investissements affectifs. 

          4- Facteurs déclenchants exogènes ou psychologiques.

          5- Début brutal. 

          6- Eléments thymiques et confusionnels ; forte participation affective. 

          7- Rétrocession rapide de l’accès ; bonne réponse au traitement ; bonne critique. 

     

     B- Eléments de pronostic défavorable : 

          1- ATCD familiaux de schizophrénie. 

          2- Personnalité pré morbide schizoïde ; mal adaptée ; repliée. 

          3- Début subaigu précédé de manifestations insidieuses. 

          4- Absence de troubles de l’humeur. 

          5- Persistance d’idées délirantes ; critique incomplète. 

      

    → En effet ; il n’existe aucun critère anamnestique ; clinique ou évolutif à court terme qui permet de  prédire l’évolution à long terme d’une BDA.   

   

    

     II- Moyen et long terme : 

A- Dépression secondaire+++. 

B- Récidive avec restitution ad-integrum de chaque épisode. 

C- Evolution vers une psychose chronique. L’évolution à court terme se fait en quelques jours ou quelques semaines vers la guérison. La persistance du délire au-delà de ce délai doit faire récuser le diagnostic de la bouffée délirante et faire craindre une évolution schizophrénique chronique. 

A long terme, la bouffée délirante peut rester un épisode unique qui a guéri sans séquelles (25 à 45% des cas) ; 

elle peut se répéter en gardant son caractère intermittent (30 à 50% des cas) et l’évolution prend alors souvent un caractère nettement dysthymique ; 

elle peut évoluer de façon chronique, après un ou plusieurs épisodes aigus, vers la constitution d’une schizophrénie chronique (15 à 30% des cas).

 

F. ADID